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Gustave Eiffel, constructeur de Phare

C’est en Angleterre, grande puissance maritime, que la politique de signalisation marine a pris le plus d’essor, puisqu’elle disposait au début du 19ème siècle de la moitié des phares du monde soit 70 sur 150.

Pour rattraper son retard, Napoléon crée en 1811, une commission des phares, toujours active, qui en 1825 propose un ambitieux programme d’équipement du littoral français. Au milieu des années 1840, l’ingénieur et architecte Léonce Reynaud (1803-1880) prend en main le service des phares et entreprend la construction d’une centaine de maisons-phares.

La deuxième partie du 19ème siècle est une période d’intense construction de phares dans le monde, leur nombre passant de 150 en 1800 à plus de 14000 au siècle suivant. Dès lors on cherche à standardiser en utilisant le métal et à adapter les phares aux évolutions technologiques comme l’apparition de l’électricité qui nécessitait l’installation de chaudières et de génératrices.

L’utilisation du métal dans la construction des phares commence en Angleterre en 1803  à Swansea. En France il faut attendre 1832 avec la construction du phare de Goulfar à Belle Isle et celui de la pointe de l’Eve près de Saint Nazaire, quelques années plus tard. Au début on n’utilise le métal que pour la construction de la guérite du sommet contenant la partie optique. Par la suite le service des phares demande aux constructeurs de présenter des projets de candélabres en fonte et des potences en tôles

La maison Sautter obtient une centaine de commandes de colonnes surmontées de guérites métalliques vendues en Espagne, Brésil et Argentine notamment. En France c’est à  SaintValéry-en-Caux qu’est installé le premier phare en 1857, suivis de ceux  de Fécamp, Oléron, Saint Valéry-sur-Somme, Brest… D’autres marchés sont obtenus par des concurrents comme Rigoulet, Barbier-Bernard ou Schneider-le –Creusot.

Au fil des années, les constructeurs et les ingénieurs s’enhardissent et proposent des plans de tours beaucoup plus élevés. Le premier est l’anglais Alexander Gordon avec la construction d’une tour démontable de 32 mètres de haut pour le phare de Morant Point à la Jamaïque en 1842.

La technique se développe principalement dans les pays ne disposant pas de carrières ou de tailleurs de pierre, comme la Hollande, l’Allemagne, le Danemark ou les pays d’outre-mer. En 1862, l’entreprise Rigoulet construit  une tour métallique de 52 mètres sur l’ilôt Amédée en Nouvelle Calédonie ; il s’agit d’une tour construite sur une ossature intérieure protégée de la corrosion par une ceinture de plaques métalliques boulonnées.

le phare de l'ilot Amédée: pas un phare Eiffel ! - cliché Eustaquio Santimano, creative commons

le phare de l’ilot Amédée: pas un phare Eiffel ! – cliché Eustaquio Santimano, creative commons

Il est à noter que s’il est parfois qualifié à tort aujourd’hui de “Tour Eiffel du Pacifique”, le phare de l’îlot Amédée a été au contraire fortement critiqué par Gustave Eiffel lors de sa construction, tant au niveau technique que  formel (boulons, enveloppe de métal extérieure).

L’entreprise Sautter et Lemonnier pour ne pas être absente de ce nouveau marché s’associe avec Gustave Eiffel pour concevoir une tour à ossature extérieure pouvant atteindre 50 mètres de haut. Les deux associés protègent leur invention par le dépôt d’un brevet commun.

 

Phare métallique Eiffel

Phare métallique Eiffel

Ce système se compose d’un cylindre en tôle pleine de 1,80 mètre de diamètre constitué d’une série de viroles de 2,50 mètres de hauteur dont chacune contient une spire complète d’escalier. La dernière virole de l’édifice à un diamètre plus grand que les autres de façon à accueillir les gardiens et former ainsi une chambre de veille. Contre le cylindre de hauteur variable sont appliqués huit contre forts formés par une série de cadres trapézoïdaux en cornières assemblées et raidies par des croisillons . Ces phares ont été notamment installés au Brésil pour le feu d’Inhaca, en Finlande à Valassaaret, en Estonie (ex Russie) à DagenOrt, à Cadix en Espagne et à Nosy Tanya à Madagascar.

 

Phare de Valassaaret, Finlande, 1886  - cliché creative commons, Erik Wannee

Phare de Valassaaret, Finlande, 1886 – cliché creative commons, Erik Wannee

Phare métallique Eiffel de Nosy Iranja, Madagascar,1909 -  cliché Tato Grasso, creative commons

Phare métallique Eiffel de Nosy Iranja, Madagascar,1909 – cliché Tato Grasso, creative commons

 

 

 

 

 

 

 

 

L’entreprise Sautter et Lemonnier a travaillé simultanément avec la Société Nouvelle des Forges et Chantiers de la Méditerranée, pour produire une tour tripode remplaçant les contre forts type Eiffel. C’est ce type de phares qui seront installés à Palmyre en Gironde et au Canal de Suez. La Société des Forges travaillera aussi avec une autre concurrente de Sautter, l’entreprise Barbier-Bernard qui obtint de nombreux marchés de phares tripodes de grande hauteur notamment à Saint Pierre et Miquelon, à Runo en Russie, au Yemen, Méxique, Brésil, Chili et Argentine.

Gustave Eiffel a donc été présent  dans le domaine des phares, dans le formidable essor de la construction métallique française dans le monde au cours de la deuxième partie du 19ème siècle et il détient toujours le record du monde du plus haut phare avec la tour de 300 mètres qui porte son nom et qui dès l’origine disposait d’un phare rotatif à son sommet.

Sylvain Yeatman-Eiffel