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Articles de Fond

C’est en Angleterre, grande puissance maritime, que la politique de signalisation marine a pris le plus d’essor, puisqu’elle disposait au début du 19ème siècle de la moitié des phares du monde soit 70 sur 150.

Pour rattraper son retard, Napoléon crée en 1811, une commission des phares, toujours active, qui en 1825 propose un ambitieux programme d’équipement du littoral français. Au milieu des années 1840, l’ingénieur et architecte Léonce Reynaud (1803-1880) prend en main le service des phares et entreprend la construction d’une centaine de maisons-phares.

La deuxième partie du 19ème siècle est une période d’intense construction de phares dans le monde, leur nombre passant de 150 en 1800 à plus de 14000 au siècle suivant. Dès lors on cherche à standardiser en utilisant le métal et à adapter les phares aux évolutions technologiques comme l’apparition de l’électricité qui nécessitait l’installation de chaudières et de génératrices.

L’utilisation du métal dans la construction des phares commence en Angleterre en 1803  à Swansea. En France il faut attendre 1832 avec la construction du phare de Goulfar à Belle Isle et celui de la pointe de l’Eve près de Saint Nazaire, quelques années plus tard. Au début on n’utilise le métal que pour la construction de la guérite du sommet contenant la partie optique. Par la suite le service des phares demande aux constructeurs de présenter des projets de candélabres en fonte et des potences en tôles

La maison Sautter obtient une centaine de commandes de colonnes surmontées de guérites métalliques vendues en Espagne, Brésil et Argentine notamment. En France c’est à  SaintValéry-en-Caux qu’est installé le premier phare en 1857, suivis de ceux  de Fécamp, Oléron, Saint Valéry-sur-Somme, Brest… D’autres marchés sont obtenus par des concurrents comme Rigoulet, Barbier-Bernard ou Schneider-le –Creusot.

Au fil des années, les constructeurs et les ingénieurs s’enhardissent et proposent des plans de tours beaucoup plus élevés. Le premier est l’anglais Alexander Gordon avec la construction d’une tour démontable de 32 mètres de haut pour le phare de Morant Point à la Jamaïque en 1842.

La technique se développe principalement dans les pays ne disposant pas de carrières ou de tailleurs de pierre, comme la Hollande, l’Allemagne, le Danemark ou les pays d’outre-mer. En 1862, l’entreprise Rigoulet construit  une tour métallique de 52 mètres sur l’ilôt Amédée en Nouvelle Calédonie ; il s’agit d’une tour construite sur une ossature intérieure protégée de la corrosion par une ceinture de plaques métalliques boulonnées.

le phare de l'ilot Amédée: pas un phare Eiffel ! - cliché Eustaquio Santimano, creative commons

le phare de l’ilot Amédée: pas un phare Eiffel ! – cliché Eustaquio Santimano, creative commons

Il est à noter que s’il est parfois qualifié à tort aujourd’hui de “Tour Eiffel du Pacifique”, le phare de l’îlot Amédée a été au contraire fortement critiqué par Gustave Eiffel lors de sa construction, tant au niveau technique que  formel (boulons, enveloppe de métal extérieure).

L’entreprise Sautter et Lemonnier pour ne pas être absente de ce nouveau marché s’associe avec Gustave Eiffel pour concevoir une tour à ossature extérieure pouvant atteindre 50 mètres de haut. Les deux associés protègent leur invention par le dépôt d’un brevet commun.

 

Phare métallique Eiffel

Phare métallique Eiffel

Ce système se compose d’un cylindre en tôle pleine de 1,80 mètre de diamètre constitué d’une série de viroles de 2,50 mètres de hauteur dont chacune contient une spire complète d’escalier. La dernière virole de l’édifice à un diamètre plus grand que les autres de façon à accueillir les gardiens et former ainsi une chambre de veille. Contre le cylindre de hauteur variable sont appliqués huit contre forts formés par une série de cadres trapézoïdaux en cornières assemblées et raidies par des croisillons . Ces phares ont été notamment installés au Brésil pour le feu d’Inhaca, en Finlande à Valassaaret, en Estonie (ex Russie) à DagenOrt, à Cadix en Espagne et à Nosy Tanya à Madagascar.

 

Phare de Valassaaret, Finlande, 1886  - cliché creative commons, Erik Wannee

Phare de Valassaaret, Finlande, 1886 – cliché creative commons, Erik Wannee

Phare métallique Eiffel de Nosy Iranja, Madagascar,1909 -  cliché Tato Grasso, creative commons

Phare métallique Eiffel de Nosy Iranja, Madagascar,1909 – cliché Tato Grasso, creative commons

 

 

 

 

 

 

 

 

L’entreprise Sautter et Lemonnier a travaillé simultanément avec la Société Nouvelle des Forges et Chantiers de la Méditerranée, pour produire une tour tripode remplaçant les contre forts type Eiffel. C’est ce type de phares qui seront installés à Palmyre en Gironde et au Canal de Suez. La Société des Forges travaillera aussi avec une autre concurrente de Sautter, l’entreprise Barbier-Bernard qui obtint de nombreux marchés de phares tripodes de grande hauteur notamment à Saint Pierre et Miquelon, à Runo en Russie, au Yemen, Méxique, Brésil, Chili et Argentine.

Gustave Eiffel a donc été présent  dans le domaine des phares, dans le formidable essor de la construction métallique française dans le monde au cours de la deuxième partie du 19ème siècle et il détient toujours le record du monde du plus haut phare avec la tour de 300 mètres qui porte son nom et qui dès l’origine disposait d’un phare rotatif à son sommet.

Sylvain Yeatman-Eiffel

Nicolas Vogt a eu la gentillesse de nous communiquer un cliché jusque là inconnu du Walkyrie, le yatch de Gustave Eiffel, sur le lac Léman.

Le Walkyrie (credit photo: Georges Vogt)

Le Walkyrie (credit photo: Georges Vogt)

Son arrière grand-père, Georges Vogt, directeur technique de la Manufacture de Sèvres, possédait une propriété dans le canton de Fribourg et a pris de nombreuses photos dans la région. Son cliché du Walkyrie a du être pris au cours d’une de ses promenades au début des années 1900.

Ce magnifique bateau à vapeur a été construit en 1882 par le chantier naval George Forester & Co à Liverpool et fut acheté par Gustave Eiffel en 1893. Il fit construire pour cela un port devant la villa Claire, nom de sa fille aînée, qu’il possédait à Vevey sur le bord du Lac Léman.

On ne voit pas Gustave sur le pont mais on y reconnait deux garçons. Il s’agit très probablement de Robert et George Salles, les fils de Claire, nés respectivement en 1886 et en 1889.

Le Walkyrie - détail (credit photo: Georges Vogt)

Le Walkyrie – détail (credit photo: Georges Vogt)

Merci encore à Nicolas Vogt pour cette charmante photo.

Savin Yeatman-Eiffel.

Mr. Bentasola a récemment attiré notre attention sur l’incroyable histoire du pont Eiffel de Palamos, charmante petite ville côtière située à une quarantaine de kilomètres de Gérone, au nord-est de l’Espagne. Que fait donc un pont Eiffel – non répertorié sur notre site! – dans cette petite localité et plus encore dans son arrière pays, pour surplomber la petite rivière de l’Aubi?

Pont Eiffel de Palamos (crédit photo: J.Trillas)

Pont Eiffel de Palamos (crédit photo: J.Trillas)

A partir de 1876, Eiffel construit toute une série de ponts ferroviaires pour la ligne de Gérone. Il construit aussi dans la ville plusieurs ponts piétons comme celui dit “pont de l’Horloge” sur la rivière Guell en 1878. La ligne de chemin de fer était alors construite sur un haut remblais le long de la rivière Guell. Les deux obstacles séparaient physiquement la ville du Parc de Devesa. Le pont, et un tunnel passant sous ce remblais, facilitaient son accès aux riverains.

     Pont Eiffel sur le Guell, début 20eme


Pont Eiffel sur le Guell, début 20eme, côté parc de Devesa

 

On distingue de l'autre côté du pont, le haut remblais de la ligne de chemin de fer

On distingue en face le haut remblais de la ligne de chemin de fer

Dans les années 1960, Girone se modifie en profondeur. On décide en 1963 de remplacer le pont, après 85 années de loyaux services, par une chape de béton couvrant partiellement la rivière.

Déplacement du pont Eiffel de Girone en 1963 (photo, collection de J.M Toca)

Déplacement du pont Eiffel sur le Guell en 1963 (photo, collection de J.M Toca)

C’est ici qu’intervient Josep Maria de Toca, un ingénieur industriel de Girone, qui décide de racheter le pont pour désenclaver une ferme dans les terres de Palamos. On lui cède pour 25.000 pesetas (environ 150 euros au taux de change actuel). La structure de plus de 18 mètres de long sur près de 6 de large sera transportée, fait remarquable, d’une seule pièce par camion jusqu’à son point de destination. Le “nouveau” pont sera officiellement ouvert à la circulation en 1969 et continue de couler des jours paisibles au même emplacement.

Si Palamos s’est enrichie d’un pont Eiffel, Girone n’a pas pas perdu cependant tout ses liens avec Gustave Eiffel. On y trouve toujours notamment une passerelle Eiffel de 1876 sur le Onyar, dit “pont de fer” reliant sur plus de 40 mètres la rue Santa Clara à La Rambla de la Llibertat (cf photo infra).

Passerelle Eiffel de Girone (crédit photo Artico2)

Passerelle Eiffel à Girone (crédit photo Artico2)

Merci à Mr. Bentosela pour nous avoir averti de cette étonnante histoire.

Savin Yeatman-Eiffel.

Inaugurés en présence de notre président d’honneur le 6 octobre 2015, la tenue de notre AG en mars dernier à la Tour Eiffel a été l’occasion d’une visite plus approfondie des nouveaux aménagements de la Tour Eiffel.

Détail de la façade

Détail de la façade du Pavillon Ferrié

La dernière grande opération de rénovation de la Tour date de près de 30 ans. Celle-ci était donc très attendue. D’un coût total de 30 millions d’euros, entièrement financés par la SETE (la Société d’Exploitation de la Tour Eiffel), les travaux ont été très importants : 4586 m2 ont été concernés sur les 5420 m2 de l’étage.

Outre la modernisation de l’ensemble des équipements, le 1er étage offre désormais une nouvelle architecture oblique et transparente, et une expérience assez spectaculaire du vide via la création de planchers transparents :

-          Une nouvelle architecture, signée Alain Moatti.

Avec ses formes épurées et ses grands panneaux de verres, la nouvelle architecture aère l’espace de l’étage, autrefois enclavé sur lui-même et joue des multiples reflets des piliers supérieurs sur ses vitres inclinées. Écoutons l’architecte lui-même en parler : « Nous avons imaginé des pavillons sous l’influence des piliers de la tour : ils subissent l’attraction de leurs forces en présence et sont donc obliques. »

Le Pavillon Ferrié

Le Pavillon Ferrié

Deux pavillons, en trop mauvais état pour être simplement réhabilités, ont été entièrement reconstruit : le Pavillon Eiffel et sa salle de réception ;

Intérieur du pavillon Eiffel

Intérieur du pavillon Eiffel

le Pavillon Ferrié, avec sa boutique, son espace restauration et un spectacle « immersif » produit par l’image de 7 projecteurs sur 3 écrans muraux.

La façade du pavillon Ferrié

La façade du pavillon Ferrié

En parallèle, le pavillon 58 Tour Eiffel a vu ses façades entièrement réhabilitées pour respecter l’harmonie du 1er étage rénové.

La nouvelle façade du 58 Tour Eiffel

La nouvelle façade du 58 Tour Eiffel

-          L’expérience du vide.

Le plancher transparent et ses nouveaux garde-corps offrent aux spectateurs une expérience du vide assez spectaculaire. Un traitement antidérapant a été mis en place avec un effet de transparence progressif de l’intérieur vers le vide central, sur une emprise de 1,85 mètre au plus large.

Le plancher transparent

Le plancher transparent

-          Une démarche inscrite dans un souci de développement durable.

La position des vitrages a été revue pour réduire l’impact du rayonnement solaire sur les pavillons et permettre ainsi de réduire de plus de 25% la facture thermique liée à la climatisation en période estivale. Par ailleurs le pavillon Ferrié a été équipé de panneaux solaires de 10m2 sur sa toiture, permettant de couvrir 50% des besoins en eau chaude des pavillons. Les sanitaires du pavillon Ferrié sont également équipés d’un système de récupération des eaux pluviales qui alimente les sanitaires. A ces innovations s’ajoutent deux éoliennes, en cours d’installation au second étage, qui permettront de produire 10.000 kWh par an.

Le 1er étage en 1889

Le 1er étage en 1889

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Après quelques hésitations au cours des travaux eux-mêmes, je dois avouer que dans leur ensemble les nouveaux aménagements m’ont largement séduit.  Je garde un petit faible pour les aménagements initiaux de 1889, très épurés et les plus en harmonie selon moi avec le reste de l’édifice, mais il faut aussi savoir vivre avec son temps et s’assurer que les très nombreux visiteurs de la Tour aient l’expérience la plus agréable possible…

Savin Yeatman-Eiffel

En 1884, Gustave Eiffel construit un pont sur la rivière du Vecchio, sur la commune de Vivario au centre de l’île de Corse pour la ligne de train à voie unique et à voie métrique qui reliait Bastia à Ajaccio.

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C’est un pont spectaculaire qui surplombe la rivière à plus de 90 mètres de haut. En raison des prolongations curvilignes de la voie ferrée dont un tunnel de 155 mètres, Eiffel n’a pas pu utiliser la technique du lançage du tablier qu’il avait mise au point pour la plupart de ses ponts, il fit appel à son autre technique de construction, celle du porte à faux qui consiste à construire sans échafaudage en fixant les pièces du tablier par boulonnage puis rivetage l’une après l’autre au dessus du vide. Les culées en maçonnerie sont évidées par une élégante arcature de huit mètres de diamètre. Le tablier métallique a une longueur de 140 mètres avec trois travées continues reposant sur deux élégantes piles de maçonnerie à bossage de 58 mètres de hauteur. Le pont a été inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques le 29 juillet 1976.

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Inaugurée en 1885, la ligne Bastia – Ajaccio utilisait des locomotives à vapeur à deux groupes de deux essieux moteur pour affronter les pentes, conçues par l’ingénieur suisse Jules-Théodore-Anatole Mallet qui restèrent en fonction jusqu’au début des années 1930, date à laquelle elles furent remplacées par des michelines à moteur diésel.

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Sylvain Yeatman-Eiffel – photos : Evelyne Yeatman-Eiffel

Parmi les moments forts de l’histoire de la Tour Eiffel, il en est un qui a particulièrement marqué les esprits : son éclairage en 1925, une véritable chorégraphie de lumière nécessitant la bagatelle de 250.000 ampoules ! Gustave Eiffel, disparu en 1922, n’était plus là pour y assister, mais il aurait sans aucun doute beaucoup apprécié cet exploit technique et artistique, sur lequel nous allons revenir au cours de cet article.

Un des éclairages de la Tour Eiffel, conçus en 1925 par Jacopozzi

Un des éclairages de la Tour Eiffel, conçus en 1925 par Jacopozzi

Contrairement à une idée communément répandue, ce n’est pas André Citroën, dont la marque apparait effectivement parmi les éclairages, qui est à l’origine de cet incroyable projet, mais un ingénieur d’origine italienne, que l’on surnommera dans les années 30 « le prince » ou encore « le magicien » de la lumière: Fernand Jacopozzi.

Un des rares clichés de Fernand Jacopozzi

Un des rares clichés de Fernand Jacopozzi

Après avoir modestement débuté dans les éclairages de magasins, le jeune ingénieur réalise son premier gros coup au cours de la première guerre mondiale. Il propose en 1917 à l’état major de créer un leurre lumineux de Paris pour tromper les avions de reconnaissance et les canons ennemis pendant la nuit. Alors qu’il a déjà réalisé à Montigny, sur les bords de la Seine, une copie lumineuse de la gare de l’est – complète avec de faux trains se déplaçant sur de fausses voies de chemin de fer – l’armistice met fin à ce surprenant projet, mais pas aux grandioses rêves lumineux de leur auteur.

plan du faux Paris de Jacopozzi

plan du faux Paris de Jacopozzi

A l’occasion de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de 1925, Jacopozzi a l’idée de draper la Tour Eiffel d’un grand habit de lumière électrique. Après avoir convaincu le comité de l’exposition et la société d’exploitation de la Tour Eiffel à l’aide d’une maquette électrifiée de 3 mètres de hauteur, il essuie plusieurs refus auprès de soutiens financiers potentiels, dont Renault, qui pourraient l’aider à financer l’opération. L’ingénieur fait littéralement le siège du bureau d’André Citroën avant de parvenir à le convaincre en lui promettant que le nom de sa société apparaitrait au milieu des effets lumineux et « serait visible à 50 km à la ronde ».

carte promotionelle Citroën

carte promotionelle Citroën

En deux mois sont installés 250.000 ampoules de 6 couleurs différentes et pas loin de 90 km de câbles. Ses électriciens habituels se refusant d’exécuter ce dangereux travail, Jacopozzi fait appel à des gabiers de la marine nationale et à des acrobates de cirque spécialement formés pour l’occasion ( !).

Les ampoules forment neuf motifs lumineux différents que les opérateurs varient et marient à volonté depuis une salle de contrôle située au premier étage de la Tour – une symphonie de lumières perpétuellement changeante.

Contacteur des motifs de la Tour Eiffel

Contacteur des motifs de la Tour Eiffel

L’inauguration a lieu le 4 juillet 1925. Le succès de la réalisation est immédiat et aura un retentissement mondial. Elle restera en place jusqu’au milieu des années 30 et son auteur lui apportera plusieurs modifications au fil des ans – une fontaine lumineuse et des effets de foudres, qui viendront compléter les motifs existants.

Nouveaux motifs de foudre et de flammes de 1927, extrait du catalogue des établissements Jacopozzi.

Nouveaux motifs de foudre et de flammes de 1927, extrait du catalogue des établissements Jacopozzi.

Jacopozzi poursuit par ailleurs son travail sur les éclairages en d’autres points de la capitale :

-        les vitrines de Nöel des grands magasins, pour lesquels il a l’idée de réaliser de véritable spectacles lumineux interactifs (Bon Marché, Samaritaine, Galeries Lafayette etc.),

-        les grands monuments de Paris. Il illumine entre autre l’Arc de triomphe (pour les 10 ans de l’armistice de 1918), ou encore Notre-Dame en 1930 à l’occasion du centenaire du romantisme. Il utilise pour ce faire un éclairage indirect et diffus, dont l’idée sera ensuite reprise et copiée à travers le monde.

Eclairage de Notre-dame par Jacopozzi

Eclairage de Notre-dame par Jacopozzi

Ce grand innovateur et aventurier de la lumière a disparu brutalement en 1932, emporté trop tôt par la maladie. Il mérite que son nom brille à nouveau pour son travail sur la Tour et pour son influence durable sur les grands monuments du monde.

Merci à sa petite fille, Véronique Tessier-Huort, pour nous avoir fourni les documents nécessaires à la préparation de cet article. Nous vous invitons à poursuivre votre (re)découverte de Fernand Jacopozzi sur le site qu’elle lui a dédié : http://fernandojacopozzi.com

Savin Yeatman-Eiffel

La famille Eiffel était d’origine modeste, comme l’atteste leur très simple résidence du quai Nicolas Rolin à Dijon, aujourd’hui détruite, où naquis Gustave le 15 décembre 1832.

Quai Nicolas Rolin

le quai Nicolas Rolin, à Dijon, à la fin du XIXéme

Mais la situation va changer peu à peu sous l’impulsion de Catherine, la mère de Gustave. Cette fille de négociant en bois va se révéler une femme d’affaire avisée et énergique. Sentant que l’industrie se développe, elle se lance très tôt dans le commerce de houille. C’est un travail difficile qui la coupe de son fils, élevé en grande partie chez sa grand mère, mais qui lui permet de mettre de côté en quelques années un capital d’environ 300.000 francs. S’inquiétant d’un possible retournement de la conjecture économique, Catherine décide de se retirer des affaires en 1843 et place ses fonds dans la brasserie de Mr. Régneau, un brasseur de la région. C’est lui qui va lui louer un partie de la propriété qu’il occupe – le Castel – petit château du XVIII ème siècle construit en bordure de la ville. Cette nouvelle demeure témoigne de la toute nouvelle ascension sociale de la famille Eiffel. Catherine y résidera jusqu’en 1865. Si Gustave quittera rapidement Dijon pour poursuivre ses études à Paris, il reviendra régulièrement revoir ses parents dans ce charmant pavillon, et épousera également en 1862 la petite fille de Mr. Régneau: Marie Gaudelet, qu’il y côtoyait déjà dans son enfance (cf. biographie de Gustave Eiffel sur notre site).

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Sur le perron: Dosithée Berthelot-Eiffel, Sylvain et Savin Yeatman-Eiffel, Alain Coupérie-Eiffel, Fraçoise Colin, et Robert Rigot.

Le Castel et son parc sont devenus aujourd’hui une école bien connue des Dijonnais. On accède par le perron du Castel au restaurant d’application du lycée hôtelier construit dans le prolongement du bâtiment.

L'entrée du restaurant d'application du Lycée Hôtelier

L’entrée du restaurant “le Gustave” du Lycée Hôtelier

Le Castel lui même a été heureusement préservé et il a même été entièrement restauré. Mr. Fabrice Ricord, Chef des Travaux, a eu la gentillesse de nous le faire visiter. Nous profitons de cet article pour le remercier à nouveau chaleureusement de son accueil. En traversant ces pièces figées dans le temps, on semble repartir quelques 150 ans en arrière, à l’époque où Gustave et sa famille y vivait encore…

Le salon du Rez de Chaussée

Le salon du Rez de Chaussée

L'escalier

L’escalier

Une chambre du premier étage

Une chambre du premier étage

Mr. Ricord nous fait fièrement et très aimablement visiter les lieux.

Mr. Ricord nous fait fièrement et très aimablement visiter les lieux.

Le Castel a été construit en 1807 par l’architecte Martin de Noinville, élève de Mansart, à qui l’on doit également de nombreuses autres constructions à Dijon. C’est un vrai petit bijou architectural tout en finesse. Le commanditaire et premier propriétaire était Charles Legouz de Gerland, issu d’une grande famille de la région. Philippe Régneau le rachète en 1793 et transforme les dépendances en brasserie. C’est son fils Edouard qui louera une partie du pavillon principal à la famille Eiffel.

Le Castel, Gravure du fond Eiffel du Musée d'Orsay

Le Castel, gravure du fond Eiffel du Musée d’Orsay

 

Savin Yeatman-Eiffel

Nous continuons notre série d’articles sur les lieux secrets de la Tour Eiffel avec l’incroyable machinerie hydraulique des ascenseurs des piliers Est et Ouest.

S’il est désormais possible d’avoir un aperçu du sous sol de la Tour en visite organisée, les clichés et explications qui suivent vont vous y faire accéder au plus près – là où aucun touriste n’a le droit d’aller !

 

Vue générale de la machinerie du sous solDes valves de contrôle d'origine

 

 

 

 

 

 

 

 

Un premier constat s’impose: rien ou presque n’a changé depuis 1889. On se croirait tout droit plongé dans un roman de Jules Verne.

Mais commençons d’abord par un bref rappel historique sur la mise en service des ascenseurs. Il s’agissait de relever un véritable tour de force technique, surtout pour l’époque, avec un dénivelé de 116 mètres entre le sol et le second étage, et une forte différence d’inclinaison entre les deux différents tronçons. Gustave Eiffel confie finalement à la société américaine Otis la conception de deux ascenseurs électriques pour les piliers Nord et Sud (démontés en 1910), et à la société suisse Roux, Combaluzier et Lepape celle de deux ascenseurs hydrauliques pour les piliers Est et Ouest. Si ces derniers seront modifiés et améliorés en 1899, juste avant l’ouverture de l’exposition universelle de 1900 (système Fives-Lille), leur principe reste inchangé 125 ans après leur mise en route. Ils font véritablement parti du patrimoine historique de la Tour.

Schéma de fonctionnement

Difficile à mettre en oeuvre techniquement, le principe de leur fonctionnement est extrêmement simple et tout à fait original. Pour mouvoir la lourde masse des ascenseurs et de leurs passagers, le système, très économique en énergie, ne nécessite qu’un moteur d’appoint – à l’origine à vapeur – pour donner l’impulsion de départ au déplacement. Le plus gros de la force nécessaire est une énergie naturelle: le poids de l’ascenseur dans un sens; la poussée de larges accumulateurs hydrauliques dans l’autre sens.

Les accumulateurs – de lourdes chapes de métal de forme cylindrique de 200 tonnes chacun – poussent de l’eau à haute pression contre un piston souterrain d’une trentaine de mètres de long. Le piston déplace un chariot qui entraine lui même les câbles métalliques des ascenseurs. Pour couvrir les quelques 128 mètres de course nécessaire à ces derniers pour atteindre le deuxième étage, l’effet est démultiplié par quatre grandes poulies fixées directement sur le chariot (32×4=128).

Descendons maintenant au plus près de la machinerie pour mieux comprendre. Attention, ici le port du casque et des chaussures coquées est obligatoire !

 

Les accumulateurs, vue extérieure.

Les accumulateurs, vue extérieure.

 

Le haut des accumulateurs, caché à l’intérieur des piliers, donne à l’air libre. En position basse, ils sont presque totalement rentrés dans le sol (comme les deux accumulateurs à la gauche de l’image ci-dessus). En position haute, ils se dressent à une petite dizaine de mètres plus haut (l’accumulateur à la droite de l’image est en train de commencer son ascension).

 

Base de l'accumulateur, en cours de montée

Base de l’accumulateur, en cours de montée

Base de l'accumulateur, position basse.

Base de l’accumulateur, position basse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au sous-sol, la base des accumulateurs monte et descend en conséquence. Il y a trois accumulateurs par pilier. Deux jaunes à haute pression et un rouge à basse pression qui récupère le trop plein d’eau non utilisé par le piston.

 

Le piston et le chariot avant la poussée des accumulateurs

Le piston et le chariot avant la poussée des accumulateurs

Le piston et le chariot en train de reculer sous l'action des accumulateurs.

Le piston et le chariot en train de reculer sous l’action des accumulateurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le piston est couché à l’horizontal. Il pousse le chariot le long d’un rail dentelé qui soutient sa masse et permet de ne pas entraver le passage des câbles et la rotation des poulies.

Comme il n’existe pas ou plus de pièces de rechanges, tout doit être fait sur mesure en cas de casse. Pour l’éviter, les équipes techniques de la Tour, sur lesquels nous reviendrons plus en détail dans un prochain article, font tout leur possible pour préserver les équipements d’origine. Les joints du piston étant toujours en cuir, un technicien le graisse tous les jours avec de la graisse de boeuf, comme vous pouvez le voir sur le cliché ci-dessous. Elle est appliquée avec le plus grand soin à l’aide d’un gros pinceau. Il s’agit exactement du même type de graisse que celui utilisé en Belgique pour cuire les frites – une graisse tout à fait comestible que votre dévoué webmaster a lui-même pu goûter !

 

Le graissage du piston

Le graissage du piston

 

Très bien encadrée, et étroitement surveillée, la merveilleuse machinerie d’origine de la Tour Eiffel poursuit inlassablement son ouvrage, jour après jour, et on l’espère pour très longtemps encore.

Savin Yeatman-Eiffel

Près de 7 millions de touristes se lancent à l’assaut de la Tour Eiffel chaque année, mais peu connaissent les faces cachées de cet édifice hors du commun. Nous allons consacrer quelques courts articles aux lieux secrets – interdits au public – de la Tour Eiffel, avant de nous intéresser plus tard aux hommes qui travaillent discrètement, mais très efficacement, à la gestion et à l’entretien de la Tour.

Les derniers niveaux de la Tour: ancien appartement privé d’Eiffel et local TDF

La physionomie du sommet de la tour est la partie qui a le plus visiblement changé depuis l’origine. On y trouve au départ, au-dessus des galeries vitrées du troisième étage, l’appartement privé que s’est réservé Gustave Eiffel. Puis au-dessus encore une arche en treillis métallique, accessible par un escalier en colimaçon, qui supporte la lanterne du phare, à 300 mètres exactement du sol. Un drapeau coiffe enfin l’ensemble portant la hauteur totale de la tour à quelques 313 mètres.

Plan du troisième étage

Plan en coupe du troisième étage

L’appartement d’Eiffel, d’une centaine de mètre carrés, était une affaire de goût tout autant que d’usage : il lui servait de laboratoire scientifique, notamment pour l’astronomie et la météorologie, ainsi que pour recevoir les visiteurs de marque. Et ils seront nombreux, tous rêvent de visiter ce lieu magique. Petite anecdote familiale: Eiffel reçoit également son arrière petite fille Janine tous les jeudis après midi en haut de la tour, pour soigner sa santé fragile “au grand air” (!).

Il ne subsiste malheureusement plus aujourd’hui qu’une toute petite partie de cet appartement, où les touristes peuvent apercevoir la figure de cire du grand Thomas Edison face à son estimé collègue français. Le reste a été détruit progressivement pour faire de la place aux locaux techniques.

Plan de l'appartement privé d'Eiffel

Plan de l’appartement privé d’Eiffel

Dans les années 60, les locaux techniques de TDF, répartis sur deux niveaux supplémentaires, sont venus coiffer les anciens appartements d’Eiffel.

Pour ce cliché : copyright TDF-Stéphane Compoint

Pour ce cliché : copyright TDF-Stéphane Compoint

Aujourd’hui télé-surveillés, ils ne nécessitent plus comme autrefois la présence d’agents en continu au sommet de la tour. Leur visite, totalement interdite au public, n’en réserve pas moins quelques surprises que nous sommes heureux de vous faire partager ici :

- s’il n’est plus habité, le local TDF comporte toujours deux lits pliants, un coin cuisine, et même une douche !

le coin cuisine

le coin cuisine

2 lits qui n'ont pas servis  depuis longtemps...

2 lits qui n’ont pas servi
depuis longtemps…

la douche !

la douche !

- la grande antenne, qui fait gagner quelques mètres supplémentaires à la Tour par rapport à ses origines (324 mètres aujourd’hui contre 313 mètres à l’origine en comptant le drapeau), a été modifiée de 2010 à 2012 pour le passage à la TNT. Après avoir, sous l’égide de Gustave Eiffel, abrité en 1898 la première liaison téléphonique hertzienne radioélectrique réalisée par Eugène Ducretet, elle assure aujourd’hui la diffusion de 46 chaines de télévision et 36 radios FM.

l'antenne centrale

l’antenne centrale

- c’est au niveau supérieur que l’on trouve également les puissants projecteurs qui illuminent la nuit parisienne. Ces derniers – 4 projecteurs motorisés effectuant des rotations de 90° pour former un double faisceau pivotant à 360°, à la manière d’un phare – ont été installés lors du passage à l’an 2000, mais il serait plus juste de dire « réinstallés ».

les projecteurs

un des 4 projecteurs

- sans touriste, sans barrière de protection, la dernière plateforme offre un point de vue unique et saisissant sur Paris ! Votre dévoué webmaster peut en témoigner.

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Savin Yeatman-Eiffel

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2012 sera l’année du centenaire de la création du Laboratoire Aérodynamique Eiffel. Moins célèbres auprès du grand public que sa Tour, les recherches en aérodynamique et en météorologie de Gustave Eiffel ont eu une influence considérable sur le développement de ces sciences.

Mr. André Granet faisait en 1962 l’historique des laboratoires Eiffel en ces termes :

« C’est afin de déterminer les lois de l’aérodynamique qu’Eiffel construisit au Champ de Mars, en 1909, un modeste laboratoire dont la soufflerie avait une veine d’air d’un mètre cinquante de diamètre, de trois mètres de long et où la vitesse de l’air pouvait varier de 5 a 20 m/sec à l’aide d’un moteur de 70 CV alimenté par la station électrique de la Tour. C’est à ce laboratoire que furent effectuées les premières recherches sur les profils d’ailes d’aéroplanes employées par WRIGHT, VOISIN,FARMAN,BLERIOT,puis sur des modèles d’avions complets conçus par ESNAULT-PELTERIE, NIEUPORT, LEVASSEUR. EIFFEL était occupé en 1911 à ses travaux expérimentaux sur les hélices quand il dut quitter le Champ de Mars où commençait de s’élever un nouveau quartier. Il fit alors construire à Auteuil, 67, rue Boileau, un laboratoire beaucoup plus complet, dont la soufflerie comportait une veine d’air de deux mètres de diamètre pouvant atteindre la vitesse de 30 m/sec. C’est ainsi que fut constituée définitivement la soufflerie aérodynamique «type Gustave EIFFEL» à l’aide de laquelle celui-ci a donné à la méthode des recherches aérodynamiques ses normes essentielles. Ce type de souff1erie a été reproduite depuis à de très nombreux exemplaires en France, en Hollande, au Japon, aux Etats-Unis. Certes le diamètre et la vitesse de la veine ont été considérablement augmentés puisque des aéronefs en grandeur réelle peuvent-être soumis à un courant d’air atteignant et même dépassant la vitesse du son, mais les principes n’ont pas variés. »

La soufflerie de 1a rue Boileau n’a cessé de rendre d’immenses services par ses essais aérodynamiques dans de nombreux domaines : Aéronautique, Automobile, Bâtiment, Bateaux, Centrales thermiques, Pont, Radars, etc… La contribution d’Eiffel fut grande, le futur Président du Conseil Pierre-Étienne Flandin, alors Sous-Secrétaire d’Etat à l’Armement le saluait en ces termes à la chambre des députés, le 28 Novembre 1922:

“Je voudrais que vous vous souveniez que l’Aérodynamique est née en France. C’est un grand Français auquel on ne rendra jamais assez hommage M. EIFFEL, qui, le premier, par ses travaux scientifiques, par le premier laboratoire Aérodynamique qu’il a organisé à ses frais a fixé dans le monde et pour le monde entier, les règles de l’Aérodynamique. »

Sur les traces de Gustave Eiffel